La communication en médiathèque

En plus de mon activité de graphiste freelance / conseiller en communication, je travaille dans une médiathèque. Rien à voir avec la communication, c’est vrai, mais une insertion agréable dans le culturel et le multimédia. À l’heure du renouveau numérique, des tablettes, des liseuses, de la musique en ligne et des réseaux sociaux, l’image de la bibliothèque prend un petit coup de vieux.

Une image biaisée

bibliothequeSi vous êtes comme la plupart des gens et que vous avez arrêté de dessiner à la fin de votre enfance, si je vous demande de me dessiner un bonhomme ou une maison, il y a de fortes chances que votre dessin ressemble trait pour trait à ce que vous auriez dessiné enfant. Non pas que vous ne soyez pas capable de mieux, mais votre cerveau gauche a enregistré une image mentale du « bonhomme » et de la « maison » que vous ressortirez toute votre vie, à moins de vous remettre au dessin.

Nous avons quantité de représentations de ce type qui nous viennent soit de notre vécu, soit d’une sorte de « mémoire collective ». En effet, si je vous demande de fermer les yeux et de penser au mot « église » par exemple, vous allez avoir une image mentale, une représentation directe de la façon dont vous connaissez ou vous imaginez une église.

De la même façon, les gens ont une représentation des bibliothèques qui leur vient soit de l’imaginaire collectif, soit de leur propre vécu. L’imaginaire collectif a tendance à renvoyer une image terne de nos établissements. Des livres poussiéreux, un silence de mort, une vieille bibliothécaire au chignon serré, … bref, pas le lieu le plus fun qu’on ait connu.

C’est une des raisons les plus importantes de notre besoin de communication. En effet, tout le monde sait ce qu’est une bibliothèque, la plupart des habitants d’une commune ont connaissance de l’existence de celle-ci et des services qu’on y trouve, mais d’une façon biaisée.

Quelle image voulez-vous renvoyer ?

Quoique vous fassiez, que vous ayez un site internet ou non, que vous soyez présent sur les réseaux sociaux ou pas, que vous possédiez des canaux de communication ou pas, vous communiquez de toute façon ! Que ce soit volontaire ou non, que vous ayez une stratégie de communication mise en place ou que votre direction soit réfractaire à toute idée de communication, vous communiquez ! On ne peut pas s’en empêcher, cela nous échappe, nous sommes des êtres communicants, nous sommes influencés par tout ce qui nous entoure, et tout ce qui nous entoure nous amène à porter un jugement en rapport avec nos valeurs.

L’extérieur de votre bâtiment, son entretien, la signalétique ou son absence au sein de votre commune, le personnel de votre bibliothèque, son service d’accueil … Tout cela renvoie une image qui va impacter votre usager. Que vous le vouliez ou non, vous communiquez ! Alors pourquoi ne pas chercher à maîtriser l’image que vous renvoyez ?

Pourquoi communiquer ?

Vous voulez informer vos usagers d’un évènement, il faudra alors communiquer. Mais il y a aussi la nécessité de toucher un public non inscrit, un public non captif et de leur faire découvrir ce que votre établissement peut lui proposer.

La communication, ça nous bouscule !

En tant que communicant, je crois que la première personne touchée par vos efforts de communication, c’est vous-même. Quand on commence à réfléchir à la façon dont on veut communiquer, aux valeurs que l’on veut transmettre, cela doit forcément nous remettre en question. Pour moi, la communication doit être authentique et vendre ce que vous êtes réellement (ma grand-mère disait qu’on rattrape plus vite un menteur qu’un voleur). Si vous voulez changer l’image que les gens ont de votre bibliothèque, il va peut-être falloir réfléchir à une remise en question de vos services. On pense souvent que les gens ne viennent plus dans les bibliothèques parce qu’ils n’aiment pas lire. Admettons. N’est-ce pas également parce qu’ils ignorent en partie ce qu’elles peuvent leur apporter ? N’est-ce pas non plus parce que la bibliothèque doit évoluer et proposer des services nouveaux ? Ne doit-elle pas s’ouvrir, développer de nouveaux services, être un lieu d’échanges, de rencontres, de vie et de modernité ?

La dernière mouvance date d’il y a quelques dizaines d’années, lorsque les médiathèques sont apparues. Cela date de plus de trente ans. Notre société a été bouleversée comme jamais entre temps. Certes, nous avons bien des espaces multimédia et la possibilité d’emprunter des DVD / CD, mais n’y a t-il pas un changement plus profond à opérer ? N’y a t-il pas une refonte de nos espaces à envisager ?

La réponse vous appartient. Tâchez de définir quelles sont les particularités de votre établissement. En effet, chaque médiathèque est différente, ou devrait l’être. Je pense qu’il est important de définir les particularités de votre structure, celles qui sont liées aux personnes qui composent votre équipe, aux compétences qu’elles peuvent apporter, celles qui sont liées à la structure de votre bâtiment (de plein pied ou étages, espaces bien séparés ou non, grande surface ou espace réduit, etc). Tout cela va vous permettre de constituer ce que vous êtes fondamentalement et ce que vous pouvez communiquer.

On parle beaucoup des bibliothèques troisième lieu, et je pense que c’est une bonne mouvance. Recréer la médiathèque comme un espace à vivre, un lieu de convivialité.

Attirer le public et bouleverser nos usages

Oui, nous avons une mission culturelle ! Mais elle est parfois tellement élitiste que nous ne touchons qu’une partie infime du public potentiel qui nous entoure. Plus que tout, il faut savoir conjuguer avec l’emplacement de votre médiathèque. Quel est le public qui vous entoure ? Si vos activités, vos spectacles, vos animations paraissent totalement nébuleux aux habitants du quartier, peu de chances que vous changiez votre image.

Alors certes, il n’est pas question de diffuser « Bienvenue chez les ch’tis » pour attirer le plus grand nombre, mais un peu d’ouverture ne fait pas de mal. Se fondre dans le décor, s’adapter au jeune public, l’amener à rencontrer des groupes locaux, faire cohabiter les publics, c’est aussi notre mission. Je vous invite à lire cet article sur le blog de mon collègue Johann Brun : « Mix en thèque : des DJ à la médiathèque« . Pourquoi ne pas amener les jeunes consommateurs de jeu vidéo à faire plus que du Minecraft à l’espace multimédia et à devenir créateur de leur propre jeux vidéo. Là encore, je vous invite à découvrir le blog de Jean Alvin, mon collègue direct au multimédia : « De l’intérêt de créer des jeux vidéo en Médiathèque« .

Pourquoi ne pas sortir de nos murs également pour aller chercher le « non-public » ? Nous avons eu l’occasion de travailler par deux fois avec des Lycées de notre ville afin de créer des courts-métrages. Le premier était un petit film fantastique autour du mythe de « Daphné » (et Bim! pour la référence culturelle en plein milieu d’un film de teen-agers !) et le second un clip sur le harcèlement en milieu scolaire. Ce sont des temps d’échanges, de débats, qui sont précieux, avec un public de jeunes hommes et jeunes filles que nous n’avions pas forcément à la médiathèque.

Nous leur proposons de filmer, de se former aux techniques de court-métrage, d’écriture de scénario, de montage avec une petite pincée d’effets-spéciaux. Tout cela est certes imparfait, mais nous avons marqué un temps, nous avons, en faisant cela, dépoussiéré l’image qu’ils pouvaient avoir d’une médiathèque.

A tel point que désormais, en dehors du cadre scolaire, ces adolescents viennent nous solliciter pour participer avec nous aux évènements culturels de la médiathèque ! Deux exemples avec cette première vidéo dans le cadre des « Foulées littéraires », le festival du livre sportif et une seconde qui est un petit reportage sur la dessinatrice de bande dessinée et illustratrice Edith.

Tout ne réussit pas, il y a parfois des échecs. Comme toutes les bibliothèques de France et de Navarre, nous avons des ateliers de lecture. Ayant participé une fois à l’un de ces ateliers, la dynamique et la qualité des échanges m’a donné l’idée de filmer ces ateliers pour les mettre à disposition de nos lecteurs sur des Ipad au sein de la médiathèque, puis plus tard, sur un compte Vimeo. Cela aurait permis la création d’un contenu associé à nos lecteurs. Ce n’était plus : « vos bibliothécaires proposent » mais « les lecteurs proposent ».

Après quelques mois, la formule n’a pas vraiment pris, il y avait aussi une certaine frilosité, tout à fait compréhensible, de se retrouver sur internet. Nous sommes dons passés à autre chose.

Nous essayons de trouver des occasions de créer du contenu, avec nos usagers lorsque c’est possible. Si le but premier n’est pas la communication, cela en devient forcément au travers de l’image positive que cela renvoie.

affiche-Ateliers-lecture-médiathèque

Avec quels outils de communication ?

Quels sont les moyens à votre disposition aujourd’hui ? Nous ne sommes pas tous égaux à cet égard, cela dépend de tant de paramètres et nous n’avons, en tant que personnel de la médiathèque, pas toujours la main sur les différents outils de communication.

Voici en gros, à l’ère du Web 2.0, les différents outils dont on peut disposer aujourd’hui :

- Le bâtiment. Ses espaces d’affichage.

- Le personnel : le renseignement qu’il apporte, les sourires qu’il dispense, les services qu’il propose, les compétences qu’il transmet, …

- Le journal municipal : on y retrouve généralement les activités culturelles.

- Le site de la médiathèque : celui-ci doit vivre, il doit évoluer au gré de votre actualité. Si les visiteurs tombent continuellement sur la même page, jamais actualisée, votre site ne sera rien d’autre qu’un accès au catalogue des ouvrages de la Médiathèque, et ce serait tellement dommage de le limiter à cela.

- Un blog ! Rien de tel pour créer un contenu rafraichi régulièrement et pour créer une communauté avec vos usagers !

- Les réseaux sociaux : il m’apparait totalement indispensable que les médiathèques s’emparent de ces médias. Vous pouvez toucher très facilement les gens de votre région au travers de ce biais. Il n’y a pas de secret, il faut aller chercher les gens là où ils sont, et les études prouvent combien les gens sont devenus accros aux réseaux sociaux. C’est aussi la possibilité d’y toucher un public plus jeune.

- Nos activités et services : comme nous l’avons vu plus haut, il est possible de créer des projets qui vont attirer un nouveau public, quitte à, parfois, sortir de nos murs et aller les chercher là où ils sont.

mediathequeBien sur, vous n’aurez pas forcément accès à tous ces médias. Avant d’être une structure, une médiathèque fait partie d’un tout, d’un ensemble de services de votre commune, d’une volonté politique, et cela peut parfois freiner vos élans. Mais ce que vous pouvez faire, faites-le. Ce qui est dans votre champ de possibilités, ce qui est dans la mesure du possible, faites-le. Expérimentez, testez votre public, demandez l’avis de vos usagers, qu’aimeraient-ils voir apparaitre dans leur médiathèque, dans leurs rêves les plus fous, surprenez-les !

La communication, ce n’est pas seulement un flyer, ce n’est pas une affiche ou un site internet. C’est tout cela c’est vrai, mais c’est surtout ce que vous êtes, ce que vous faites au quotidien, qui aura une portée bien plus importante que tous les plus beaux flyers en papier glacé du monde ! Soyez innovants, tentez de nouvelles formules. Nous sommes dans un milieu qui se laisse facilement entrainer par le traditionnel « on a toujours fait comme ça … »

Ne méprisez jamais le pouvoir du bouche à oreille de vos usagers. Ils sont votre atout communication le plus puissant ! Pour le reste, si votre Direction et votre municipalité vous offre la liberté de vous saisir des réseaux sociaux et de votre site internet, alors foncez ! Soyez créatifs sur le Web et n’hésitez pas à lire mon article sur Twitter pour comprendre comment élargir votre réseau et faire connaître vos services.

J’attends vos retours d’expérience !

31 Commentaires

  1. Simon Royer 18 décembre 2013

    « C’est tout cela c’est vrai, mais c’est SURTOUT ce que vous êtes, ce que vous faites au quotidien, qui aura une portée bien plus importante que tous les plus beaux flyers en papier glacé du monde !  »
    On est bien d’accord :) Merci pour l’article il faut continuer à le marteler !

    « Alors certes, il n’est pas question de diffuser « Bienvenue chez les ch’tis » pour attirer le plus grand nombre » Il est bien ou pas alors ce film :) ?

  2. Auteur
    squid_impact 18 décembre 2013

    Le film ne mérite pas tout le tintouin que la presse lui a fait, c’est clair !

    Et merci pour le petit mot, c’est très sympa et encourageant :-)

  3. Olivier Szarvas Könyvtáros 20 décembre 2013

    En BU aussi, il y a du travail : en contexte, les situations sont très différentes d’un établissement à l’autre of course, mais assez souvent elle ne sont pas raccord avec le public étudiant.

    Voire …la Communication ne pas figurer sur les fiches de poste, ou ne pas être identifiable sur l’organigramme du service.

  4. Auteur
    Stéphane 20 décembre 2013

    Ah la communication pour les jeunes faite par des gens qui ne le sont plus ! Souvent le discours utilisé veut tellement faire « jeune » qu’il en devient has-been.

    Il est clair qu’il y a un déficit évident de communication dans nos établissements, et je pense que la première raison est tout simplement que nous n’avons pas conscience de la nécessité de communiquer.

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