« Un soir, tu entres dans ma chambre alors que je me suis endormi. Le livre m’a échappé des mains et gît sur ma descente de lit. Tu t’en saisis comme s’il s’agissait d’un miracle. Mais tu lis, mon chéri ! souffles-tu en remerciement au ciel. Incrédule face à ce prodige, craignant quelque mirage, tu palpes l’objet. Non, tu ne rêves pas : ton fils lit. Intimidée, tu ouvres le livre, fascinée à ton tour …«
Aux derniers jours de l’hiver, qu’il est bon de profiter de ces moments privilégiés ! Je viens de refermer la couverture de cet excellent livre, tout confortablement installé dans mon canapé, Katie Melua en musique de fond et boisson chaude de circonstance. C’est le premier roman de Paul Vacca, qui a à son actif déjà plusieurs scénarios et un second livre depuis. On pourrait aisément l’imaginer comme un ouvrage biographique, tant l’usage de la seconde personne s’adressant tout du long à la mère du personnage principal est trompeur. De plus, la réalité rejoint la fiction, avec une excellente apparition de Pierre Arditi. Ce n’est pourtant pas le cas, il s’agit bien d’une fiction que l’on pourra considérer comme un joli conte sur le sortir de l’enfance.
La première scène nous emporte dans un univers poétique, presque naïf. Dans leurs balades quotidiennes sur les bords de la Solène, une mère et son fils s’amusent à découvrir les odeurs des fleurs qui les entourent. A la recherche d’un iris, il la découvre là, dos nu au soleil, un livre entre les mains. Elle, tout droit sorti d’un rêve, Sandra Maréchal, la chanteuse lyrique, l’enchanteuse de ses rêves les plus intimes. Profitant qu’elle s’éclipse pour échapper à une averse, l’enfant récupère le livre, « Du côté de chez Swann » de Marcel Proust. Alors qu’il commence sa lecture uniquement parce que c’est son livre et qu’il a son odeur, il n’imagine pas comment cette rencontre littéraire va bouleverser sa vie, celle de ses parents cafetiers et des habitants de leur petit village du Nord de la France.
Ce tableau si idyllique ne va pas durer, car comme dans tous les contes, une ombre va venir planer au dessus de cette charmante famille. Un nuage noir dont les traits sont ceux de la maladie, inattendue et cruelle.
Je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture. Sachez tout de même que l’ambiance n’en est pas lourde pour autant. La vie de cet adolescent de 13 ans va être marquée par la découverte des premiers émois amoureux et des douleurs de cœurs qui les accompagnent et par une vocation qui vont s’inscrire au travers de l’amour de sa mère et de sa passion naissante pour la lecture.
En définitive, j’en garderai un souvenir attendri. C’est bon parfois de replonger dans l’adolescence, de se souvenir de cette époque tellement insouciante et pourtant tellement chargée en sentiments. Il est bon aussi de se souvenir combien il est important de partager la vie de ceux qu’on aime. Un livre que je recommande pour toute l’émotion qu’il dégage sans tomber dans le mélo facile.