Ouragan

de Laurent Gaudé.

Au coeur de la tempête qui dévaste la Nouvelle-Orléans, dans un saisissant décor d’apocalypse, quelques personnages affrontent la fureur des éléments, mais aussi leur propre nuit intérieure.

Placés au cœur de la tourmente de l’ouragan Katrina, qui a frappé la Nouvelle Orléans en 2005, des vies vont se croiser, des destins s’écrire et des âmes être bouleversées à tout jamais. Le point de départ de ce roman se révèle somme toute très classique et fait même le succès des productions hollywoodiennes, façon Bruckheimer, depuis la naissance du cinéma. Voir l’humanité s’affairer à sa survie quand la nature se déchaine, comme une fourmilière qui s’agite après qu’on y ait mis un coup de pied, a toujours été gage de succès. Peut-être cela nous permet-il d’exorciser certaines de nos peurs occidentales.

Toujours est-il que l’auteur de « Sous le soleil des Scorta » et « Eldorado » le fait avec panache. Certes, on a du mal à accrocher aux vingt premières pages, mais ensuite, nous sommes emportés dans ce tourbillon à l’issue bien incertaine, mais forcément dramatique. Cette difficulté à se plonger dans l’histoire est due à la narration toute particulière, passant de la première à la troisième personne très régulièrement, selon que l’on suivra tel ou tel personnage. Parmi ceux-ci, Joséphine Linc. Steelson, « négresse depuis presque cent ans », la figure la plus emblématique et la plus attachante de ce scénario catastrophe. Usée, mais increvable, comme le racisme et la ségrégation, elle représente une époque honteuse des États-Unis, enfouie, presque oubliée, mais pourtant toujours vivante.

Nous suivons également la route de Keanu et Rose. Lui l’a abandonné six ans plus tôt pour vivre l’aventure du pétrole texan et en revient totalement traumatisé, comme on reviendrait d’une guerre. Elle, mère célibataire d’un enfant qu’elle peine à aimer, fragile et déjà vieille d’une existence trop lourde et sans espoir. Déçu par ses peurs et les troubles de sa foi, un révérend va chavirer dans la démence mystique et une poignée de prisonniers abandonnés va retrouver le goût de la liberté.

Face à la fureur de la nature, qui nous rappelle combien l’Homme, malgré toute sa suffisance, n’est qu’un tout petit grain de sable sur la planète, l’instinct de survie prend le dessus. Alors que le vent et la pluie balaient toute trace de civilisation, de moralité et de vie sociale, la tempête révèle le pire et le meilleur de chacune de ces existences.

C’est le quatrième ouvrage de Laurent Gaudé que je lis. D’aucuns trouveront le style de l’auteur prétentieux, un brin pompeux, et pourtant je ne me lasse pas de son écriture, de cette façon qu’il a de donner vie à ses personnages, de nous faire voyager et de nous immerger dans son imagination. Certes, ce n’est pas celui pour lequel j’ai le plus d’affection. Je lui ai trouvé beaucoup trop de facilités, de raccourcis évidents et une petite longueur au centre du récit. Cependant, le final nous emporte et l’on se dit que ça en valait la peine tellement c’est beau.

Cet « Ouragan » ne vaut peut-être pas le torrent d’éloges qu’il a reçu, et pourtant nul doute qu’il saura vous couper le souffle à plusieurs reprises. L’émotion l’emporte au final …

3 Comments

  1. noann 21 mars 2011

    Tout à fait d’accord
    Des faiblesses, mais au final difficile de ne pas se laisser emporter… par cet ouragan !

    PS : beau blog agréable à lire ! bravo !

  2. noann 21 mars 2011

    Tout à fait d’accord
    Des faiblesses, mais au final difficile de ne pas se laisser emporter… par cet ouragan !

    PS : beau blog agréable à lire ! bravo ! Ah forcément, avec wordpress, c’est une bonne base

  3. Stéphane Torregrosa 21 mars 2011

    Comme il est difficile de ne pas se laisser emporter par un roman de Gaudé ! Je n’ai pas lu celui où le personnage perd son enfant et qu’il s’acharne à le retrouver jusqu’après la mort.

    Merci pour les compliments sur le blog :-) WordPress est effectivement très souple et la base de pratiquement tous les développements que j’ai pu faire en tant que Webdesigner. Désormais, je bosse dans une médiathèque, d’où la reconversion de ce blog ;-)

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>